
En Europe, la criminalisation des étrangers s’est accrue par la généralisation de l’enfermement comme mode de gestion « banal » des sans-papiers. Le droit d’asile est entré en crise profonde, organisée par l’incohérence des politiques publiques et la réduction de la protection des réfugiés à une variable d’ajustement des politiques d’immigration.
L’accès au séjour s’est transformé en un parcours d’obstacles de plus en plus infranchissables, précarisant gravement, excluant et humiliant des dizaines de milliers d’étrangers et leurs familles. L’injonction à l’intégration est devenue l’objet de discours et de pratiques discriminatoires, reprenant de manière décomplexée, parfois au plus haut sommet de l’État, les thèses xénophobes portées par l’extrême droite.
L’Europe, elle, s’est cadenassée un peu plus, déployant un arsenal policier et militaire à ses frontières et des stratégies de chantage économique face à l’espoir des « printemps arabes » et à l’impératif de solidarité internationale, de développement et de mobilité humaine.
Malgré la diversité des contextes et des enjeux (géographique, économiques, démographiques et politiques) que représentent les mouvements migratoires pour les Etats membres de l’Union européenne (UE), on a constaté ces dernières années une multiplication des lieux de regroupement d’étrangers en Europe. Identifiés comme constituant un « nouvel outil de la politique », ces camps sont devenus un instrument privilégié des gestions des populations migrantes des Etats européens.
Directive de la honte
La nouvelle directive européenne « retour » de 2008 appelée communément par les associations de défense des migrants, la « directive de la honte », a permis l’institutionnalisation légalisée et généralisée dans toute l’Europe de la pratique de la détention administrative des étrangers en situation irrégulière. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unis a d’ailleurs émis de vives critiques au sujet de cette directive parce qu’elle associe maîtrise de l’immigration et sanction pénale. Le Conseil a déclaré que « les immigrés en situation irrégulière ne sont pas des criminels et qu’ils ne devraient pas, en principe faire l’objet de la moindre mesure de détention ».
En effet, les populations détenues ne sont accusées d’aucune autre infraction que celles relatives au séjour. Ce qui pousse à s’interroger sur l’application de régime de type carcéral (confinement en cellules, heures de promenade restreintes, droit de visite limité, voire menottage des détenus et mise à l’isolement). De plus, la situation dans la plupart des centres de détentions pour étrangers est préoccupante. Les conditions y sont très variables en fonction des pays.
Personne n'est épargné
Dans ces centres d’expulsions se trouvent des catégories d’étrangers bien différenciées : demandeurs d’asile, déboutés de l’asile, réadmission Dublin, migrants irréguliers en transit sur le territoire ou installés depuis de nombreuses années, etc. A ces différences de statut administratif viennent s’ajouter des différences sociologiques ; ainsi personnes célibataires, famille avec enfants, femmes enceintes, mineurs, personnes âgées, malades, handicapés, etc. sont chacune susceptible d’être enfermé un jour.
L’enfermement des étrangers est devenu un mode banal de gestion des migrants. Un outil de la politique migratoire de l’Europe, qui va de pair avec une multiplication de centres de détention. D’après l’organisation européenne Migreurop, l’Europe compte plus de 300 camps d’expulsion avec 600'000 personnes qui ont été enfermées pour l’année 2010.