Face à de tels dysfonctionnements, on est en droit de se demander combien d’hommes et de femmes venus chercher protection en Suisse parce que c’est le pays du droit humanitaire, ont-ils été victimes de telles erreurs? Combien de décisions mal évaluées ont-elles déjà entraîné la mort, la torture ou l'emprisonnement arbitraire?
L’Office fédéral des migrations (ODM), l’organisme chargé de rendre les décisions sur les demandes d’asile, vit depuis plusieurs années en état de restructuration perpétuelle et destructrice. En quatre ans, cet office a changé trois fois de patrons: l'UDC Christoph Blocher, la PBD Eveline Widmer-Schlumpf et maintenant la socialiste Simonetta Sommaruga. A chaque fois on a changé de politique, d’organisation et de style, au prix de nombreuses erreurs humaines et logistiques.
Après quatre ans de règne (2003 - 2007), l’UDC Christophe Blocher avait laissé un office traumatisé. Outre la restructuration interne, il avait diminué drastiquement le nombre de logements pour requérants d’asile par canton, arguant du fait que le nombre de requérants avait beaucoup baissé. Le nombre de demandes avait au contraire sévèrement augmenté et cette décision, autant politicienne qu’irrationnelle, a débouché sur une situation scandaleuse et inextricable pour les cantons. Ceux-ci ne parviennent plus à trouver de nouveaux logements pour les requérants, ce qui permet aux médias et aux partis conservateurs de ressasser que «le nombre de requérants a tellement explosé que les autorités ne parviennent plus à les loger.»
La réorganisation de l’ODM imposée ensuite d’une main de fer par Eveline Widmer-Schlumpf a encore aggravé la situation et fait fuir de nombreux fonctionnaires compétents. C’est sous son règne (2007 - 2011) qu’entre 7000 et 10'000 demandes d’asile ont été tout simplement ignorées. Il s’agit des demandes déposées par des Irakiens auprès des ambassades suisses en Syrie et en Egypte. Ce refus de traiter ces demandes, totalement contraire au droit, n’a pas soulevé de réactions notables dans la classe politique et médiatique suisse.
Si le Conseil fédéral a tout de même été forcé d’admettre que l’ODM a violé les règles et les garanties de procédure, les conclusions de l’enquête menée par l’ancien juge fédéral Michel Féraud se contentent d’affirmer que: «La question d’une responsabilité disciplinaire ne se pose cependant plus, compte tenu notamment du temps qui s’est écoulé. L’enquête n’a pas non plus mis au jour d’actes pouvant être pénalement répréhensibles, car aucun des fonctionnaires concernés ne peut être soupçonné d’avoir commis un délit, notamment un abus d’autorité, dans l’exercice de ses fonctions.»
En succédant à Mme Widmer-Schlumpf, la socialiste Simonetta Sommaruga a dû renoncer aux restructurations prévues, ce qui a engendré de nouveaux retards spectaculaires dans le traitement des demandes. Rien ne va plus dans ce bateau à la dérive qu’est l’ODM, qui connaît une vague de démissions d’employés «surmenés», voire «blessés dans leur personne» suite aux changements incohérents de place de travail au sein de l’Office.